Vendredi 24 octobre 2008 5 24 /10 /2008 00:30

Une excellente analyse de la crise trouvée sur un journal "stalinien" (c'est à dire communiste, après traduction de langage trotsko-bobo-petite-bite-Canal+ en langage populaire), ça change des platitudes bien-pensantes émanant de petits-bourgeois.


Si vous n'avez pas le temps et/ou si vous n'aimez pas lire des textes longs un peu compliqués (ce qui est aussi mon cas), contentez-vous de la dernière partie qui est la plus intéressante : "Perspectives pour la lutte des classes"


La gravissime crise financière actuelle était annoncée depuis plusieurs années par maints économistes, marxistes ou non : ses conditions existaient depuis l'accélération de la dérégulation des marchés financiers. Les perturbations actuelles de l'immobilier aux USA ont eu leur propre dynamique de "bulle" auto-entretenue, mais elles sont la continuation des problèmes non-résolus lors de l'implosion de la bulle de la "nouvelle économie" en 2001. Début août 2007, la Banque centrale européenne, la Réserve fédérale des USA (Fed) et la Banque du Japon ont dû injecter 350 milliards de dollars dans le système bancaire en moins d'une semaine pour éviter une pénurie de liquidités et stopper la chute des cours boursiers, très marquée après la suspension de l'activité de fonds spéculatifs de BNP Paribas engagés dans des placements immobiliers. Tout au long du second semestre, les marchés financiers restaient très volatiles à chaque annonce des pertes des grandes banques étasuniennes (Citigroup....), tandis que la Bank of England renflouait l'institution de crédit hypothécaire Northern Rock qui faisait face à une "ruée bancaire" - la première dans un pays capitaliste du Nord depuis près d'un siècle - avant de la nationaliser en février 2008. Fin janvier 2008, un nouveau mouvement de panique secoua la finance mondiale après la découverte d'une fraude record à la Société Générale. Les bourses plongaient. Le lendemain, la Fed réduisait agressivement son taux d'intérêt de 4.25% à 3,0%. Les plans de sauvetage des conseillers de Bush ne sont pas à la hauteur : l'un se propose d'aider les ménages en difficultés à rembourser leurs crédits immobiliers, mais reste beaucoup trop limité; un autre vise à reverser une part des impôts, mais ne concerne par définition que les revenus suffisamment élevés pour être taxés....La crise ne peut que s'étendre.


Origines


La crise économique est un mode de fonctionnement "normal" du capitalisme, même si, à chaque période historique, ses déclenchements et ses mécanismes varient. Depuis le démantèlement du cadre de Bretton Woods, le système du crédit a connu des changements considérables, avec notamment la création des produits financiers dérivés (pouvant dériver d'autres titres de crédit ou de contrats sur les prix futurs d'actifs). La dérégulation et l'intégration des bourses et des banques ai sein des marchés globalisés ont déplacé le centre de gravité du pouvoir vers la grande finance, dont les diktats se sont imposés sur la logique économique. Le système du crédit, qui comprend banques, bourses, compagnies d'assurance, fonds de pension, fonds d'investissements spéculatifs et autres institutions de même nature, constitue le lieu de création du "capital fictif" - Etat et entreprises étant les deux extrémités de la chaine. Marx (Le Capital III) identifiait déjà dans le capital bancaire, les actions boursières et les dettes publiques, les principales formes du capital fictif. Aujourd'hui, il faut y ajouter les produits dérivés, qui ont pour origine la sur-accumulation de capital argent des années 70 - eurodollars et pétrodollars notamment.


Après le "coup" de la Fed en octobre 79 (hausse brutale et unilatérale des taux d'intérêt), qui marqua le retour au pouvoir de la finance, l'expansion de ce capital provoqua la crise de la dette des années 80. une tentative de sortie de crise prit la forme de la dérégulation financière.


Les dettes extérieures totales des pays du monde dépassent 5 000 milliards de dollars. La plupart sont transformées en capital fictif et marchandisées, tandis que les réserves des Banques centrales sont converties en prêts, surout pour que le gouvernement US couvre ses déficits intérieur et extérieur. Ainsi, en 2007, les échanges de dérivés négociés directement entre agents privés (OTC) étaient de l'ordre de 4 200 milliards de dollars...par jour ! A titre de comparaison, les exportations totales mondiales atteignent 13 500 milliards de dollars...par an ! La plupart du capital fictif est donc parasitaire, puisque son montant dépasse largement celui destiné à la reproduction du capital productif. Pourtant, il bénéficie d'une redistribution de plus-value et alimente encore la création de nouveaux capitaux fictifs comme moyens de sa propre rémunération. Cette crise financière devrait alors dévaloriser un montant gigantesque de capital fictif parasitaire pour parvenir à relancer un nouveau cycle d'accumulation du capital. Les contradictions du système mondial capitaliste sont si fortes qu'une telle dévalorisation risquerait de le pousser vers un effondrement. Mais les raisons de cette crise ne sont pas que financières : les difficultés rencontrées par nombre de familles en défaut de paiement sont aussi et surtout dues, dans la sphère productive réelle, aux politiques néolibérales poussant à la rigueur salariale, à l'allongement de la durée de travail, à la précarisation des emplois et à l'insécurité des conditions de vie.


Manifestations


La crise immobilière actuelle est le résultat d'années d'accumulation de capital fictif. Elle débuta aux USA par l'octroi de prêts à des ménages s'endettant pour devenir propriétaires de leurs logements. Banques et institutions spécialisées accordaient des crédits avec hypothèques qu'elles transformaient en titres par la création de nouveaux dérivés vendus sur les marchés financiers. Ce faisant, elles dopaient la capacité d'emprunt des ménages et orientaient artificiellement les prix de l'immobilier à la hausse. Entre fin 2004 et début 2006, de plus en plus de prêts furent concédés à des familles pauvres, sans échéanciers favorables de remboursements ("subprime"), sous la forme de contrats prévoyany des traites dont les taux d'intérêt, très bas au début, augmentaient brutalement après. Ces dérivés étaient d'autant plus attractifs pour les marchés financiers que des institutions financières s'en servaient pour créer d'autres instruments composites "marchandisés" et que les agences de notation, censées évaluer les risques, leur décernaient les "meilleures notes" - supérieures parfois à celles attribuées aux bons du Trésor français.


Aux USA, ces produits ont même été achetés par des écoles, dont les trésoriers avaient cru bon de faire fructifier les reliquats qu'ils détenaient...


La crise éclata lorsqu'une masse critique de débiteurs commença à ne plus pouvoir rembourser, sous l'effet de la hausse des taux d'intérêt décidée par la Fed pour financer les guerres d'Irak et d'Afghanistan. Dans un contexte où les prix des titres composites et les risques effectifs sont mal évalués, les problèmes se sont vite déplacés du secteur des "subprimes" vers celui des "crédits de crédits" immobiliers, puis celui des crédits solvables ("primes"). L'explosion de la bulle contamina ainsi d'autres segments des marchés financiers.


Le système monétaire et financier actuel est plein de paradoxes, comme l'illusion qu'on peut trouver des solutions en poursuivant la gestion néolibérale de la crise de l'expansion du capital. Mais une bulle n'explose que pour en former une autre, plus dangereuse encore. Les solutions proposées restent confiantes dans les marchés, sans vouloir leur imposer de limites par des mécanismes externes à leur logique de maximisation du profit.


Un deuxième paradoxe est l'apparition d'une crise de liquidité, comme durant l'été 2007, dans une économie mondiale en sur-liquidité. Le partage négocié de la valeur ajoutée entre salaires et profit ayant fait place à une spirale de sur-consommation - sur-endettement des ménages, il est impossible de résorber les déséquilibres structurels sans casser le moteur de la croissance et éviter la stagnation.


Troisième paradoxe : les Banques centrales indépendantes refusent tout interventionnisme de l'Etat, mais interviennent, elles, massivement dès que le système est menacé.


Perspectives pour la lutte des classes


Comme toujours lors de crises capitalistes, la bourgeoisie est contrainte d'accepter de voir dévaloriser une part du capital accumulé - tout en essayant de ne pas enregistrer de trop lourdes pertes. Les crises sont donc des moments où des fractions de capital font faillite et sont incorporées dans une structure de propriété capitaliste plus concentrée. Les classes dominantes capitalistes peuvent ainsi en sortir plus fortes - même si une partie d'entre elles tombe dans les classes moyennes.


A chaque réorganisation de la domination du capital au XXème siècle, l'amélioration des politiques économiques a permis au système de se doter d'institutions plus efficaces afin d'atténuer les effets dévastateurs des crises, mais pas d'éviter l'exacerbation de ses contradictions internes et la convergence vers la stagnation.


Les pires effets de la crise actuelle seront supportés par les plus pauvres. Des millions de familles supplémentaires vont perdre leur logement. Le taux d'exploitation de la force de travail, le chomage et la pauvreté vont augmenter, tandis que le pouvoir d'achat des salaires aura tendance à baisser. Sans universalisation des systèmes de protection sociale, les conditions de vie deviendront plus difficiles encore. La dévalorisation de capital fictif risque d'aggraver les problèmes financiers de collectivités locales et de ruiner de nombreux ménages ayant conservé leur épargne auprès de fonds de pensions ou d'assurances santé en faillité (comme Enron). A travers les chaines de transferts du surplus du Sud vers le Nord, la crise frappera par répercutions les pays pauvres et les forces de travail de la périphérie. La situation est compliquée par le fait que des gouvernements du Sud possèdent d'importantes réserves de change et aident de facto les USA à éviter un effondrement général. Plusieurs fonds souverains du Sud ont d'ailleurs deja aidé de grandes banques en difficultés. L'approfondissement de la crise aux Etats-Unis, combiné à leur prochaine défaite en Irak, pourrait éroder leur hégémonie planétaire - au bénéfice de la Chine ?


En termes de lutte des classes, une crise systémique ouvre théoriquement l'opportunité de lancer la révolution et de prendre à la bourgeoisie le pouvoir politique et économique. Mais en pratique, les principales organisations de travailleurs, partis, syndicats ou même mouvements sociaux, restent dépourvus de structures, des directions et des programmes indispensables pour relancer la lutte pour le Socialisme. Seule peut-être l'Amérique latine offre à l'heure présente des espaces pour des avancées révolutionnaires et des transitions socialistes.


Le fait que les pauvres souffrent le plus des effets de la crise capitaliste comporte le risque qu'ils acceptent de se soumettre à l'idéologie dominante et appuient des mesures anti-crise mais pro-système, impliquant l'élévation du taux d'exploitation. Par exemple, la pensée unique du capital a substitué à la lutte pour l'émancipation totale des travailleurs celle pour le droit à l'emploi dans le strict cadre du système capitaliste....Soit le droit d'être exploité !


Les crises sont des temps où il devient possible de pousser les contradictions du système au maximum, jusqu'à la fin de la domination du capital et des classes dirigeantes - c'est à dire jusqu'à la destruction, non pas des moyens de production, mais des rapports de production capitalistes.


Dans ces conditions, il est urgent de reconstruire des processus de transitions socialistes, contre l'exploitation du travail et pour la fin du capitalisme.

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Vraiment excellent, rien à ajouter. Les petits bourges qui parlent de "réguler la finance" pour ne pas avoir à mettre en cause l'existence du capitalisme peuvent aller se rhabiller.


Seul le socialisme constitue une alternative crédible et sérieuse au capitalisme, voila pourquoi il reçoit systématiquement tous les coups et toutes les railleries. Le reste n'est que du bricolage qui fait rire les puissants.


En parlant de puissants, il est intéressant de constater que quand il s'agit de sauver leur cher système capitaliste, la "gauche" et la "droite" du Système se retouvent d'accord. Ce n'est pas pour rien si Christine Lagarde, ministre de l'Economie et des Finances représentant l'aile droite du Système (UMP), a rendu un vibrant hommage à Dominique Strauss-Kahn, président du FMI représentant l'aile gauche du Système (PS) et par ailleurs escroc qui a baigné dans des affaires de corruption, qui trompe sa femme et qui accorde des promotions à ses maitresses (ce qui confirme ce que je pensais : pour "réussir" en politique et en amour, il faut être pourri et sans scrupules, les gentils sont toujours les perdants donc apprenez à être méchants tant qu'il est encore temps !).


Le Socialisme (autrement appelé communisme) - qui fut incarné historiquement par le glorieux PCF (qui n'a aujourd'hui de communiste que le nom) et aujourd'hui par personne (c'est à dire par aucun parti, il y a bien quelques individus comme moi ici ou là qui sont favorables à l'instauration du socialisme en France mais ça ne fait pas un parti !)- est sans cesse ringardisé par les mass-médias du capital et leurs collabos. Car la ringardisation est autrement plus nuisible que la diabolisation, rien de plus efficace que la ringardisation pour anéantir un mouvement ou une idée (réfléchissez un peu à cela et vous comprendrez que j'ai raison, comme d'hab......un indice pour vous mettre sur la voie : si j'étais un politicien qui veut réaliser un bon score à une élection, je préfèrerai être diabolisé que ringardisé).


SCOOP : LA LUTTE DES CLASSES EXISTE ! LE SOCIALISME N'EST PAS MORT !


POUR UNE FRANCE SOCIALISTE, SOUVERAINE ET FRATERNELLE !



Par Julien B. - Publié dans : Actualités économiques et sociales
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